le silence (selon Le Clézio)

Publié le par le bol vide

dans L'Extase matérielle (p.263-315) :

P.266 :
" quand ce fil sera rompu (...) chaque objet continuera d'être ce qu'il avait été, sans que rien de mon regard ait pu le créer. Au-delà des années et des siècles, au-delà des distances réelles, au-delà de moi, ni avant, ni après, ni cause ni effet, mais jamais plus cet homme. J'ai déjà disparu dans mon impuissance. (...) Je suis déjà soustrait, arraché, promis au vide. "

P.267/8 :
" Le langage, les sentiments, les idées, tout ce que j'avais reçu des autres mais que j'avais accepté comme mien, et qui m'avait aidé à vivre, tout cela n'était donc qu'illusion ? Tout cela n'était-il que chimère ? C'étaient les étincelles de ma vie d'homme dans le monde, et tout cela pourra disparaître sans difficulté.
  Quand je cesserai d'un seul coup d'être le centre du monde, la vérité inconnue reprendra son visage. Quand mes yeux seront fermés, ils ne verront pas le paysage divinement, magnifiquement réel apparaître. "


P. 270 :

" Lorsque je cesserai d'être un, je deviendrai un, et lorsque je ne pourrai plus savoir, je baignerai dans l'immense, l'ineffable océan de la connaissance.
"

" Le silence est l'aboutissement suprême du langage et de la conscience. Tout ce que l'on dit ou écrit, tout ce que l'on sait, c'est pour cela, pour cela vraiment : le silence.

P.271/2 :
"  Ce vide, cette éternelle nuit qui entoure la vie et l'opprime, ne doit plus faire souffrir. Ce n'est pas un gouffre ;  ce n'est pas une bouche qui veut gober et détruire. La mort est là, quotidiennement exposée. Elle est ce que les yeux ne peuvent pas voir, ce que le corps ne peut pas sentir, ce que l'esprit ne peut pas comprendre. Elle est ce qui, dans le monde, n'est pas moi, ce qui dans le monde est monde, pur et simple monde qui agit et porte (...) tout est fait pour durer, pour durer au-delà de moi, au-delà de mon temps et de mon aire. "

" Être cette poussière, être ce caillou, cette parcelle, et savoir intimement que tout ce qui est vrai est dans l'imperceptible, dans l'inconnaissable, dans l'indéchiffrable. "

P.275 :
" Et puisqu'il faut le dire ainsi : l'homme n'est pas fait pour durer. Un jour qui viendra assurément, l'univers sera vide de lui. "

" Et pourquoi chercher dans le lointain la réalisation de l'infini et de l'éternel ? L'infini, l'éternel sont ici, présents devant nous. (...) Cette table est infinie, cette table est éternité. Ce briquet de métal est infini, éternel. (...) "

JMG Le Clézio

(à suivre...)

Publié dans autour du bol

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