France - Japon... le haïku...

Publié le par le bol vide

mais pourquoi diantre , nous sommes nous entichés de cette forme d'écriture qu'est le haïku ?  pourquoi donc ce regard simple et émouvant sur la vie, concis en quelques syllabes a t-il réussi à traverser les mers et les océans les plus tumultueux et les terres les plus périlleuses pour venir s'ancrer dans nos petits cerveaux conditionnés aux alexendrins et autres tournures poétiques empesées... allez donc savoir quelle fantaisie nous a séduits pour être accro à ces tercets élémentaires !!

La France et le Japon, se sont rencontrés au détour d'un XV et XVI e siècle prolixe en voyage et  en découverte... le commerce et le mercantilisme obstiné des explorateurs ont poussé les navires européens à surmonter la mer du Japon et accoster l'île du levant.  Les japonais qui avaient déjà fait preuve d'assimilation ultra rapide lors des échanges sino-nippones, ne sont pas restés insensibles à toutes les possibilités que leur offraient ces nouvelles cultures... 

France et Japon se sont laissés séduire sans réellement se comprendre... cela ne put aboutir qu'à une rupture... et un siècle plus tard, les japonais  claquemuraient  leur frontière au nez des marchands, des  jésuites et autres cohortes en soutane, trop empressés de convertir la population au christianisme sans omettre de s'approprier leur richesse ... seul, un tout petit comptoir hollandais gardera le privilège de rester sur l'île.

au XVIIe siècle... le Japon refuse toute intrusion étrangère... les navires sont systématiquement  coulés et les étrangers implacablement  assassinés... pour clore cette largesse de pensées, la population subit l'autorité d'une directive formaliste et conservatrice... tout est codifié, ultra codifié ... c'est dans ce Japon passablement sclérosé que Bashô construira son errance et ses écrits ...  promu bushi, à une époque où les samouraïs ne savaient que faire de leur sabre et de leur temps, il change de costume et devient moine vagabond. Dans cette errance érudite, s'inscrit lentement le regard qu'il porte sur ce qui l'entoure... il réduit le tanka ou waka,  en petit poème de 17 syllabes... qui sera appelé bien plus tard " haïku" par Shiki Masaoka... les haïkus de Bashô, au delà de la grenouille et de son ploc, révèlent, pour peu qu'on prenne le soin de s'y pencher l'ironie de la situation critique de son pays...

Il fallut attendre les années 1860 -70  pour voir l'art japonais  intégrer la France...  l'occurence fut vécue comme un véritable choc culturel. Cet art, surprenant par sa vitalité et ses couleurs, surtout l’art des fameuses estampes japonaises, interpela  les artistes aussi bien que les intellectuels, frappa les impressionnistes, influença ceux qui allaient leur succéder, créa une véritable mode, "le japonisme", et parraina la naissance d’un style nouveau, celui de l’Art Nouveau... le haïku, qui discrètement fit parti du voyage... s'inscrivit dès lors  dans nos mémoires...

 les guerres s'en suivirent... la première, tout d'abord avec le Japon comme allié, puis déçu de la  soi-disant mauvaise distribution du butin après le traité de Versaille, la seconde, où il prit le parti opposé..  entre ces deux conflits l'art japonais, croisera et interpellera sans cesse le monde occidental... son  influence récurrente  ne laissera pas de côté la littérature...

que nous soyons émerveillés, par les qualités artistiques du pays le plus esthétisant du monde n'a rien d'anormal, mais pour saisir la lucidité de son parcours et de sa sensibilité, nous devons à notre tour regarder les choses avec ce détachement propre au chan... qui nous amène peu à peu à mieux  discerner  cette  liberté altruiste et universaliste qui lui a permis de nous proposer les plus beaux poèmes...


anna

07/04/09




Publié dans théorie du haïku

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