Cacher le sujet du haïku - Bashô par J.Reichhold

Publié le par le bol vide

   A contrario d’un courant assez à la mode dans l’écriture du haïku au XXI° siècle, à propos de l'implication de l'AUTEUR-SUJET du haïku, on peut consulter avec profit, dans
Bashô, the complete haiku de Jane Reichhold, éd. Kodansha Int., 2008,
 le chapitre qui en évoque les techniques :

(pages 405/406)

Technique 26 : CACHER L'AUTEUR. Souvent les poètes utilisent l'ambiguïté pour cacher le fait qu'ils écrivent sur eux-mêmes. Ils préfèrent se référer à "un vieil homme" ou "le voyageur", alors que c'est l'auteur lui-même qui est en question. En faisant cela, la technique fait bouger le poème de l'individuel vers l'universel. Alors les lecteurs peuvent faire coïncider leur pensée avec l'expérience (décrite). Une autre raison d'utiliser l'ambiguïté est de "mélanger" l'action, de manière à ce que le lecteur ne sache pas qui, de la nature ou de l'homme, fait cette action. Ce stratagème minimise l'impact de l'auteur sur le poème et permet une interaction entre l'humain et la nature.

pleine lune
marchant autour de la mare
toute la nuit

Est-ce le poète ou la lune qui marche autour de la mare ? Ou bien marchent-ils ensemble ? Il y a aussi une association entre la rondeur de la lune, la mare, et le sentier.


Technique 27 : LE SUJET CACHÉ. Une variante de la technique précédente est d'écrire sur un sujet qui ne peut pas être senti, seulement imaginé. Les poètes asiatiques louaient souvent un objet absent. C'était fréquemment le cas pour une lamentation sur une personne décédée, mais c'était aussi une manière de forcer le lecteur à penser par-delà le poème pour imaginer quelque chose qui n'était pas exprimé par les mots. Il y a deux exemples d’expérimentation de cette technique par Bashô :

on n'a pas  entendu
de cloche au crépuscule
soir de printemps

aucune cloche ne sonne
que fait le village
un soir de printemps ?

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Publié dans théorie du haïku

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